Au même moment que le monde tourne le dos progressivement à la peine de mort, le simple fait d’évoquer le sujet déclenche toujours un débat assurément passionné.

Les gens favorables le sont généralement pour quelques raisons : favoriser les droits des familles de victimes, épargner le coût exorbitant de l’incarcération aux contribuables et pour instaurer un sentiment de sécurité dans leur communauté.

Cependant, lorsqu’on passe au bistouri cet argumentaire, le constat refroidi les esprits. D’abord, on réalise rapidement que le présumé effet dissuasif n’est que mythe. C’est le juge à la retraite de la Cour Suprême des États-Unis, John Paul Stevens qui affirme qu’il y aura toujours erreurs et discrimination, et que la peine capitale n’avait pas d’effet dissuasif.

On réalise également que la facture est autrement plus salée. Ce ne sont pas le processus d’appels et les années d’incarcération qui viennent gonfler la facture : le simple fait de demander une sentence à mort au moment de l’accusation enclenche tout le processus qui vient coûter une fortune à l’État. L’accusé pourra être trouvé coupable ou innocent que ça changera peu de choses. La sélection du jury, les experts indépendants, les avocats des deux côtés, etc… c’est tout cela qui rend le processus 2 à 3 fois plus onéreux qu'une sentence d’emprisonnement à vie.

En fait, ces sommes faramineuses viennent enlever aux policiers les moyens d'œuvrer de manière efficace : avoir plus d’effectifs et d'expertise à leur disposition, restreindre les abus de drogues, faciliter les poursuites judiciaires, etc. La peine capitale vient surtout nuire à l'obtention de justice pour les familles de victimes et leur enlever l'aide qu'elles pourraient obtenir.

« J’ai appris que la peine de mort gaspille des millions de dollars - de l’argent qui nous servirait à combattre la criminalité quotidiennement - tout en perpétuant la douleur pour les familles des victimes. » - James Abbott, chef de police au New Jersey.

À travers le monde, seule une vingtaine de pays l’a appliquée en 2011, un tiers de moins qu’il y a dix ans. Pendant ce temps, de nouvelles voix se dressent pour l’abolition : juges, procureurs, chefs de police, gouverneurs et directeurs de prisons. Ils témoignent tous du système discriminatoire, qui commet trop souvent des erreurs irréparables, et des éléments précédemment énoncés.

Ron McAndrew, ex-directeur de prison au Texas et en Floride, traumatisé d'avoir dû procéder à des exécutions, et aussi d'avoir appris ensuite qu'un des hommes qu'il a tué était fort probablement innocent... Depuis, il se réveille la nuit hallucinant avec les condamnés sur le pied de son lit : sa femme, ses enfants, ses proches, tous en subissent les conséquences. Le personnel avec qui il travaillait se font tous encore suivre des années plus tard pour des soins psychologiques, et psychiatriques pour certains.

Mais ceux qui élèvent leur voix de plus en plus, ce sont les familles de victimes, conscientes des souffrances exacerbées par le processus d’appels entourant la peine de mort, et qui refusent de vouloir infliger un sort semblable aux familles de condamnés, trop souvent traitées comme des criminels à leur tour. Elles s’élèvent et clament haut et fort : « Ne tuez pas en notre nom ».

 


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