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Entrevue avec Elizabeth Brancato de Connecticut Murder Victims' Families Against the Death Penalty - parue dans la Revue Agir de septembre 2012


Le 25 avril dernier, la peine de mort était abolie au Connecticut. Ceux qui ont ultimement convaincu le Gouverneur Dannel Malloy, n’ont jamais tenu une rencontre et, pour la plupart, ne sont pas des militants. Ils ont été ainsi ébahis de l’ampleur de leur impact, leur voix ayant permis aux législateurs de voter avec leur conscience.

« Cela prend du temps pour tester ses convictions après une telle épreuve. Du temps aussi afin de réaliser que notre voix peut être écoutée et n’est pas unique.  C’est à ce moment-là que les gens se sont regroupés pour se faire entendre. »

Elizabeth Brancato, dont la mère a été assassinée en 1979, fait partie des 178 membres de familles de victimes ayant uni leurs voix cet hiver dans un appel exhortant les instances politiques à abolir la peine capitale au Connecticut. Un chiffre stupéfiant à ses yeux, compte tenu du fait que ce n’est que 22 ans après sa tragédie, qu’elle a rencontré une autre membre de famille d’une victime de meurtre, une écrivaine locale Antoinette Bosco, qui osait affirmer son opposition à la peine capitale.

« Notre colère est pour les gens la preuve que nous souffrons, sinon on nous accuse que nous n’aimions pas vraiment notre proche assassiné. »

Mme Brancato témoigne d’un vent nouveau dans le débat. Selon elle, la population en général ne se soucie pas que la peine de mort existe ou non; les gens veulent tout simplement se sentir en sécurité. Pour plusieurs, cela signifie qu’ils doivent soutenir le châtiment ultime par égard pour les membres de familles de victimes.

Pourquoi alors s’y opposer? À chaque étape la douleur est vive. Le procès initial est très long et se préparer mentalement quotidiennement pour aller au tribunal laisse des traces. Le processus d’appels dure plusieurs décennies, bouleversant constamment les personnes impliquées. Un processus par ailleurs essentiel pour éviter des erreurs judiciaires irréparables. Enfin, l’exécution du meurtrier ne vient pas leur permettre de faire leur deuil.

Deux rencontres ont également bouleversée Mme Brancato : celle avec la mère d’un condamné exécuté 5 mois plus tôt qui était affligée de la même douleur, ainsi que celle avec un adolescent qui venait de perdre son père aux mains de l’État.

Cependant, le principal problème est qu’on met toute l’attention et les ressources disponibles sur le meurtrier. Les victimes sont plus souvent qu’autrement laissées à elles-mêmes. Les crimes sont souvent non résolus faute de ressources adéquates, en raison des millions supplémentaires nécessaires à l’application de la peine de mort. Une situation vivement décriée par les chefs de police.

L’effet domino très dévastateur de l’application de la peine capitale saute alors aux yeux. C’est alors qu’un autre domino, la voix des victimes, pourrait se reproduire dans d’autres États afin condamner à mort cette peine inhumaine.

*Visitez le blogue d’Elizabeth Brancato : http://ctvictimvoices.org/

 


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