BÉATRICE VAUGRANTE
Directrice générale Amnistie internationale Canada francophone

Source : La Presse du 30 novembre 2012

Le 30 novembre, c'est la journée internationale des « Villes pour la vie - contre la peine de mort ». De Rome à Rimouski, je vous emmène en voyage de réflexion.

Inspirées par Rome, qui illumine le Colisée chaque fois qu'un pays abolit la peine de mort, et à la demande d'Amnistie internationale entre autres, des villes majeures à travers le monde habillent de lumière un monument important le 30 novembre.

Plus de 1580 villes de 88 pays participent à cette Journée internationale et déclarent officiellement que la peine de mort constitue un affront à la dignité humaine : Rome, Bruxelles, Madrid, Ottawa, Berlin, Barcelone, Mexico, Buenos Aires, Dallas, Vienne, Paris, Copenhague, Stockholm, Santiago du Chili, Abidjan, Lomé, Dakar, etc.

Au Québec, quatre villes visionnaires se sont engagées contre la peine de mort et illumineront un bâtiment de leur ville : St-Lambert, St-Jérôme, Boucherville...et Rimouski.

Même si la tendance mondiale vers l'abolition est nette, il reste des irréductibles à convaincre. Car les sondages donnent encore une majorité de Canadiens et de Québécois favorables à la peine de mort.

Commençons donc par vous.

Quand il s'agit de crimes violents, particulièrement ceux visant les enfants, nous pensons aux nôtres, notre fils, notre frère... Instinctivement, certains voudraient voir passer de vie à trépas celui qui a osé faire un tel crime.

Mes questions pour vous : est-ce de la vengeance individuelle ou de la justice collective? Une société qui fait appel à un tel acte de mise à mort ne nourrit-elle pas elle-même une certaine violence qu'elle cherche à combattre? Les homicides autorisés par l'État ne font-ils pas que légitimer l'usage de la force?

La peine de mort viole le droit humain fondamental à la vie. Mais au-delà de cette affirmation morale, voici d'autres raisons plus factuelles.

La peine de mort est :

Inefficace : Des preuves recueillies partout dans le monde montrent que la peine de mort n'a pas d'effet dissuasif spécifique sur la criminalité. Ainsi, aux États-Unis, en 2004, le taux d'homicides moyen était de 5,71 pour 100 000 habitants pour les États recourant à la peine de mort, et de 4,02 pour 100 000 pour les États n'appliquant pas ce châtiment. Au Canada, entre 1975 (l'année précédant l'abolition de la peine capitale) et 2003, le taux d'homicides a chuté de 44 p. cent.

discriminatoire?: nous savons que les minorités et les personnes pauvres sont surreprésentées dans les couloirs de la mort. Souvent mal défendues par des avocats assignés d'office, ignorantes des lois et de leurs recours, parfois victimes elles-mêmes d'actes violents, elles n'ont de plus pas les ressources pour s'offrir une défense adéquate.

coûteuse?: Aux États-Unis, dès qu'un procureur demande une sentence de mort au moment de l'accusation, tout un processus s'enclenche et il coûte de 2 à 3 fois plus cher que pour une sentence d'emprisonnement à vie, que l'accusé soit trouvé coupable ou non à la fin du procès. La longue sélection du jury, les experts indépendants, les avocats des deux côtés, la durée du procès, etc., entraînent des frais qui gonflent la facture. Les autorités ont moins de ressources pour lutter contre la criminalité. Et il y a moins de ressources pour aider les familles de victimes.

irrémédiable?: 141 personnes rien qu'aux États-Unis sont sorties des couloirs de la mort après qu'on eut fait la preuve de leur innocence pour le crime dont elles étaient accusées. Combien d'innocents ont été exécutés? Cela pourrait être votre fils, votre frère aussi.

Vraiment, la peine de mort comme solution simple à un problème complexe ne tient pas le raisonnement. Il n'est jamais trop tard pour changer d'opinion.
 


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