Publié dans Le Devoir du 11 décembre 2012

Le 11 décembre 1962, le Canada procédait à ses deux dernières exécutions. Les victimes dans ces affaires distinctes étaient respectivement un policier ontarien tué en service, Frederick Nash, et un informateur de police en attente de témoigner, Therland Crater. Leurs assassins sont ainsi les deux derniers condamnés à la peine capitale au Canada.

Cinquante ans plus tard, le débat resurgit constamment, tant au Québec que dans le reste du Canada. Les personnes en faveur de la peine capitale affirment souvent que les opposants sont des «bonnes âmes sentimentales» ayant très peu de considération pour les victimes d'actes sanglants. Qu'ils accordent plus d'importance aux responsables de ces actes, qui n'en méritent pas une once selon eux.

Cependant, les faits et les données qui nous viennent des pays où la peine de mort est appliquée montrent exactement le contraire : c’est pour soutenir la quête de justice et de réparation pour les familles de victimes de meurtres que l’on doit abolir la peine capitale.

En effet, les deux groupes qui ont convaincu le gouverneur de l'État du Connecticut d'abolir la peine de mort en avril dernier, ne sont probablement pas ceux à qui vous pensez. D'un côté, on avait les chefs de police et de l'autre, un vaste groupe de familles de victimes de meurtres. 

Du côté des chefs de police, ils ont démontré que le principal problème vient du fait qu’on met toute l’attention et les ressources disponibles sur le meurtrier. Les victimes sont plus souvent qu’autrement laissées à elles-mêmes. Les crimes sont souvent non résolus faute de ressources adéquates (plus de 40% aux États-Unis), en raison des millions supplémentaires nécessaires à l’application de la peine de mort. Au Connecticut, c'était de l'ordre de 6 à 7 millions annuellement. Une situation vivement décriée par les chefs de police. Le processus est 2 à 3 fois plus onéreux qu'une sentence d’emprisonnement à vie. En fait, ces sommes faramineuses viennent enlever aux policiers les moyens d'œuvrer de manière efficace : avoir plus d’effectifs et d'expertise à leur disposition, faciliter les poursuites judiciaires, faire de la prévention dans les quartiers, etc. 

Les chefs de police du Connecticut ont également confirmé que le présumé effet dissuasif de la peine capitale n’est que mythe. Par exemple, les 17 États américains ne l’appliquant pas ont un taux d’homicide 25% inférieur à ceux qui l’utilisent.

Enfin, ils ont attiré l’attention sur le fait que malgré les progrès scientifiques, ceux-ci ne garantissent aucunement une absence d'erreurs. Les 141 innocentés aux États-Unis ayant en effet purgé en moyenne une dizaine d'années dans le couloir de la mort, avant de voir la vérité éclater au grand jour.

La peine capitale vient ainsi sévèrement nuire à l'obtention de justice pour les familles de victimes et leur enlever l'aide qu'elles pourraient obtenir. C’est ainsi qu’un regroupement spontané de 178 membres de familles de victimes au Connecticut sont venus dire qu’elles en avaient assez de la peine de mort.. À chaque étape du processus judiciaire, la douleur est vive. Le procès initial est très long et se préparer mentalement quotidiennement pour aller au tribunal laisse des traces. Le processus d’appels dure plusieurs décennies, bouleversant constamment les personnes impliquées. Un processus par ailleurs qu'elles jugent essentiel pour éviter davantage d'erreurs judiciaires irréparables. 

Enfin, il est essentiel de rappeler que l’exécution du meurtrier ne permet pas aux familles de faire leur deuil.  En outre, elles sont aussi pleinement conscientes des souffrances exacerbées par le processus entourant la peine de mort, et refusent de vouloir infliger un sort semblable aux familles des condamnés, trop souvent traitées comme des criminels à leur tour.

«Si nous remplacions la peine de mort par une peine à perpétuité, les 22,4 millions à notre disposition viendraient payer les salaires de 500 policiers supplémentaires... Contrairement à la peine capitale, c'est un investissement qui sauve des vies et prévient des crimes violents.» - Le Gouverneur du Maryland, Martin O'Malley (source : Death Penalty Information Center).

En 2012, de plus en plus de nouvelles voix s’élèvent pour l’abolition aux États-Unis: juges, procureurs, chefs de police, gouverneurs, directeurs de prisons et, surtout, des groupes de familles de victimes d’actes meurtriers. Elles sont toutes en mesure de témoigner de manière crédible des failles du système, celui-ci étant administré par des êtres humains qui ne sont pas à l'abri des erreurs de bonne foi.

Vous voulez réellement être en sécurité et soutenir les familles de victimes au Canada et au Québec? Laissons la peine de mort aux oubliettes !

Charles Perroud, Coordonnateur pour l’Abolition de la peine de mort
Marie-Sophie Villeneuve, Responsable de la vie militante
pour Amnistie internationale Canada francophone
 


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