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Par Charles Perroud
Coordonnateur pour l'Abolition de la peine de mort - Amnistie internationale Canada francophone


Ankara, Bagdad, Bali, Bruxelles, Madrid, Orlando, Oslo, Paris... Une minime fraction des milliers de villes frappées par des attentats terroristes ces dernières années (plus de 10 000 annuellement depuis 2013, selon une récente compilation du Global Terrorism Database de l'Université du Maryland).

Pratiquement à chaque fois, des voix s’élèvent réclamant haut et fort le recours à la peine de mort (ou son retour pour les pays abolitionnistes) pour punir les responsables et prévenir de futures attaques.  Pourtant, il n’a jamais été prouvé de manière concluante que la peine de mort avait un effet plus dissuasif que d’autres peines sévères.  À titre d’exemple, au Canada, entre 1975 (l'année précédant l'abolition de la peine capitale) et 2015, le taux d’homicides a chuté de 44 p. cent. Loin de rendre la société plus sûre, la peine de mort y exerce une influence violente. Les homicides autorisés par l’État ne font que légitimer l’usage de la force et entretenir le cycle de la violence.

Cette corrélation entre l’utilisation de la peine capitale et un effet bénéfique pour la sécurité de la population semble être moins pertinente que jamais dans le cas du terrorisme, où la visée, souvent politique, ne se résume pas à une simple équation. Bon nombre de terroristes s’attendent à mourir au cours de leur acte terroriste ou sont préparés à cette possibilité et la menace d'une exécution ne serait en rien un moyen de dissuasion pour de tels actes. En outre, de nombreuses affaires liées au terrorisme ne sont jamais résolues et les terroristes qui ne sont pas déjà morts sont rarement appréhendés.

Malgré tout, en réaction à des menaces terroristes grandissantes, de nombreux pays ont adopté ou amendé des lois concernant les actes terroristes. Ces mesures semblent avoir une forte portée symbolique : elles fournissent aux gouvernements une réponse facile et expéditive à la menace terroriste et convainquent les populations de leur efficacité apparente dans la lutte contre le terrorisme. Cependant, très peu d’entre eux ont effectivement procédé à des exécutions. En outre, cette utilisation politique de la peine de mort pour terrorisme par les gouvernements n’a aucune efficacité contre le terrorisme et risque d’être instrumentalisée par les terroristes eux-mêmes qui voient leur argumentaire renforcé par cette violente riposte étatique et sont alors à même de s’ériger en martyrs, voire de justifier des représailles futures. La peine de mort pour terrorisme risque donc d’entretenir l’extrémisme et la violence.

Le 10 octobre, 14e Journée mondiale contre la peine de mort, la Coalition mondiale dont Amnistie internationale fait partie souhaite attirer l'attention sur l’application de la peine de mort pour des infractions liées au terrorisme, afin d'en réduire son utilisation. Exécuter est l’arme des terroristes. Arrêtons le cycle de la violence. 

 


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