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Il faut que les autorités maldiviennes renoncent immédiatement au projet de reprendre les exécutions et instaurent un moratoire sur l’application de la peine de mort en vue de son abolition. Amnistie internationale a reçu des informations indiquant que la reprise des exécutions pourrait être imminente. 

Pour l’instant, la Cour suprême maldivienne a confirmé les condamnations à mort de trois personnes, dont les voies de recours sont désormais épuisées au niveau national et qui risquent donc d’être exécutées sous peu : 

- Hussain Humaam Ahmed (Humaam) a été déclaré coupable de meurtre et condamné à mort en 2012 ; la Cour suprême a confirmé sa déclaration de culpabilité et sa peine le 24 juin 2016. Amnistie internationale et d’autres organisations de défense des droits humains ont exprimé de sérieux doutes quant à l’équité de son procès. En juillet 2016, le Comité des droits de l’homme a rendu une décision appelant à surseoir à l’exécution de cet homme en attendant qu’il statue sur l’affaire. 
- Ahmed Murrath a été déclaré coupable de meurtre et condamné à mort en 2012, aux côtés de sa compagne Hanaa Fathmath. La Cour suprême a confirmé sa déclaration de culpabilité et sa peine le 9 juillet 2016 mais n’a pas encore statué définitivement sur le cas de Hanaa Fathmath. 
- Mohamed Nabeel a été déclaré coupable de meurtre et condamné à mort en 2009. La Cour suprême a confirmé sa peine le 27 juillet 2016. 

En 2014, le gouvernement maldivien, sous la houlette du président Abdulla Yameen, a annoncé la reprise des exécutions, après une pause de plus de 60 ans. Depuis lors, les autorités ont pris des mesures en ce sens, notamment la modification de la législation nationale. Ainsi, des lois adoptées récemment ont retiré à l’exécutif le pouvoir d’accorder des grâces ou des commutations dans les affaires de meurtre, privant les condamnés à mort de la possibilité d’effectuer ce type de demandes, comme les y autorise le droit international. En 2016, les autorités ont changé de méthode d’exécution, abandonnant la pendaison au profit de l’injection létale, et des représentants de l’État ont annoncé que les exécutions auraient lieu dans un délai de 30 jours à compter de la confirmation de la déclaration de culpabilité par la Cour suprême. 

La reprise des exécutions après plus de 60 ans constituerait un grand bond en arrière pour les droits humains aux Maldives. Il faudrait, en revanche, que l’État instaure de toute urgence un moratoire sur les exécutions, en vue de l’abolition totale de la peine de mort. Par ailleurs, il est préoccupant que des représentants de l’État justifient le recours à la peine capitale sous prétexte qu’elle est nécessaire à la sécurité publique. Il n’a jamais été prouvé, en effet, que la peine de mort ait un effet plus dissuasif sur les crimes que la réclusion à perpétuité. 

Selon les médias et les statistiques fournies par l’administration pénitentiaire des Maldives, au moins 18 prisonniers se trouvent actuellement sous le coup d’une condamnation à mort dans le pays. Parmi eux, au moins cinq ont été déclarés coupables et condamnés pour des actes commis alors qu’ils étaient âgés de moins de 18 ans. Le droit international coutumier et deux traités internationaux auxquels les Maldives sont partie interdisent pourtant d’infliger la peine de mort à des mineurs délinquants. Les prisonniers ou leurs représentants ont dénoncé le non-respect du droit à un procès équitable et l’utilisation, dans plusieurs affaires, de déclarations obtenues sous la contrainte et dans lesquelles les accusés s’incriminaient eux-mêmes. 

Amnistie internationale s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, sans exception, quelles que soient la nature et les circonstances du crime commis. En outre, le monde se détourne progressivement du recours à la peine de mort. Actuellement, 141 pays sont abolitionnistes en droit ou dans la pratique et, dans la plupart des pays du globe (104), ce châtiment a totalement disparu des textes de loi.

Amnistie internationale prie instamment les autorités maldiviennes de :
- Renoncer immédiatement à la reprise des exécutions et instaurer un moratoire officiel sur toutes les
exécutions dans le but d’abolir la peine capitale ;
- Commuer immédiatement toutes les peines de mort déjà prononcées, notamment quand les faits reprochés
ont été commis alors que les condamnés avaient moins de 18 ans ;
- Modifier la législation nationale afin de supprimer les dispositions qui ne sont pas conformes au droit
international ni aux normes connexes et abolir la peine de mort pour toutes les infractions.

 
 
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Amnistie internationale écrit pour exprimer ses préoccupations quant aux récentes déclarations faites par le Ministre des Affaires étrangères des Maldives récemment entré en fonction, Mohamed Asim, en réponse à la requête du Comité des droits de l'Homme des Nations Unies de surseoir à l'exécution de Hussain Humaam Ahmed (Humaam). 

L'organisation vous exhorte de surseoir immédiatement à vos plans de procéder avec l'exécution d'Humaam ou de quelconque autre prisonnier et de mettre en place un moratoire sur l'application de la peine de mort en vue de son abolition.

( Lire la lettre en anglais seulement )

 
 
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Déclaration conjointe du 17 juillet 2016

Nous, les organisations signataires, nous inquiétons des récentes déclarations de membres du gouvernement des Maldives, notamment du président Abdullah Yameen, qui ont indiqué que le pays reprendrait bientôt les exécutions. Nous demandons aux autorités d’instaurer immédiatement un moratoire sur toutes les exécutions, à titre de premier pas sur la voie de l’abolition de la peine capitale. Les Maldives n’ont procédé à aucune exécution depuis 60 ans et devraient continuer sur cette belle lancée. 

Depuis 2012, les Maldives, qui votaient jusque-là contre les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies demandant aux États d’instaurer un moratoire sur le recours à la peine de mort, ont changé de position et ont choisi de s’abstenir. Nous espérions que cela marquerait le début de démarches du pays en vue de renoncer définitivement à ce châtiment. Le pays aurait ainsi suivi la tendance internationale en faveur de l’abolition de la peine de mort, qui se poursuit bien qu’une forte augmentation du nombre d’exécutions ait récemment été enregistrée dans quelques pays. Désormais, la moitié des pays du monde sont abolitionnistes pour tous les crimes, la République du Congo, Fidji, Madagascar et le Suriname ayant aboli la peine de mort en 2015. Nauru a également aboli la peine de mort en 2016 et des processus d’abolition sont en cours d’achèvement en Guinée et en Mongolie. 

Depuis 2014, les autorités des Maldives prennent cependant des mesures en vue de reprendre les exécutions, notamment en modifiant la législation nationale. De nouvelles dispositions ont mis en place les modifications suivantes : 
 l’introduction de l’injection létale comme méthode d’exécution, qui a par la suite été remplacée par la pendaison en juin 2016 ; 
 la suppression du pouvoir de l’exécutif d’accorder des grâces ou des commutations de condamnations à mort dans les affaires de meurtre, privant ainsi les personnes condamnées à mort du droit de faire appel, un droit pourtant garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel les Maldives sont un État partie ; 
 une réduction du délai d’appel pour les affaires où l’accusé encourt la peine de mort, ce qui risque de porter atteinte au droit des accusés de disposer du temps nécessaire à la préparation de leur appel. 

Des représentants du gouvernement ont également annoncé que les exécutions auraient lieu dans les 30 jours suivant la confirmation des déclarations de culpabilité par la Cour suprême. 

Si le pays reprend les exécutions, il ira non seulement à l’encontre de la tendance internationale à l’abolition du châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit, mais il bafouera également ses obligations au titre du droit international. Nous sommes préoccupés par le fait que plusieurs garanties nationales et internationales devant être observées dans toutes les affaires où l’accusé encourt la peine de mort ont été transgressées dans la récente affaire concernant Hussain Humaam Ahmed, condamné pour le meurtre, en 2012, du député Afrasheem Ali. Le 24 juin 2016, Hussain Humaam est devenu la première personne dont la condamnation à mort a été maintenue par la Cour suprême des Maldives après les récentes réformes juridiques. Nous nous inquiétons notamment du fait que bien qu’Hussain Humaam soit revenu durant son procès sur ses « aveux » qui, soutient-il, avaient été faits car il craignait pour la sécurité de sa famille, le tribunal ait retenu lesdits « aveux » dans sa déclaration de culpabilité. 

Lors des procès, le tribunal a en outre ignoré les affirmations d’Hussain Humaam et de sa famille selon lesquelles il souffre d’un handicap mental qui a eu un impact direct sur sa capacité à aider ses avocats à assurer sa défense de manière efficace. À la connaissance de sa famille et de ses avocats, Hussain Humaam n’a bénéficié d’aucun examen psychiatrique indépendant. Le 24 juin 2016, la Cour suprême a confirmé sa condamnation à mort, bien que le père et le frère d’Afrasheem Ali, la victime du meurtre, aient demandé que l'application de la sentence capitale prononcée contre Hussain Humaam soit repoussée, invoquant une « enquête incomplète » sur les circonstances de ce meurtre. L’exécution d’Hussain Humaam pourrait être imminente. 

Aux Maldives, au moins 17 prisonniers se trouvent dans le quartier des condamnés à mort. Si les autorités reprennent les exécutions, la vie de ces personnes sera menacée. Début juillet 2016, la Cour suprême a confirmé la condamnation à mort d’une autre personne reconnue coupable de meurtre, Ahmed Murrath, ce qui signifie que son exécution pourrait aussi être imminente. 

Il est également préoccupant que les autorités des Maldives citent la reprise des exécutions comme une mesure nécessaire à la lutte contre la criminalité. Aucune étude n’a pourtant réussi à démontrer de manière convaincante que la peine de mort a un effet plus dissuasif sur la criminalité que d’autres peines. 

Nous demandons aux autorités des Maldives de renoncer sans délai à exécuter Hussain Humaam Ahmed et de commuer sa condamnation à mort, ainsi que toutes les autres sentences capitales prononcées aux Maldives. Ces mesures, ainsi que l’instauration d’un moratoire sur toutes les exécutions, doivent constituer la première étape urgente vers une abolition totale de la peine de mort. 

Organisations signataires : 
Abdorrahman Boroumand Foundation (Iran) 
Amnistie internationale
Le Réseau asiatique contre la peine de mort (ADPAN) 
Association Justice et Miséricorde (AJEM, Liban) 
Embrey Human Rights Program (Southern Methodist University-Dallas, Texas) 
Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme (FIDH) 
Foundation for Human Rights Initiative 
Coalition allemande pour l’abolition de la peine de mort 
Greater Caribbean For Life 
Ne touchez pas à Caïn 
Human Rights Law Service (Nigeria) 
Commission internationale de juristes (Kenya) 
International CURE 
Iran Human Rights 
Coalition italienne contre la peine de mort 
Avocats pour les droits de l’Homme international (Inde)
Lutte pour la justice (France) 
Lifespark (Suisse) 
Malaysians Against Death Penalty and Torture (MADPET) 
Ordre des Barreaux francophones et germanophone de Belgique 
Action Mondiale des Parlementaires
Reprieve 
Alliance taïwanaise pour l’abolition de la peine de mort (TAEDP) 
Think Centre (Singapour) 
Organisation mondiale contre la torture (OMCT)

 
 
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Amnistie internationale exhorte les autorités des Maldives à renoncer sans délai à exécuter Hussain Humaam Ahmed (Humaam) et à commuer sa condamnation à mort, ainsi que toutes les sentences capitales prononcées dans le pays.

Tôt dans la matinée du 24 juin 2016, la Cour suprême des Maldives a confirmé la condamnation à mort de Humaam pour le meurtre du député Afrasheem Ali en 2012. Il pourrait être exécuté d’un moment à l’autre, le gouvernement du président Abdulla Yameen ayant promis de pendre les condamnés à mort dans les 30 jours suivant la confirmation de leur peine par la Cour suprême.

Si Humaam est envoyé à la potence, ce serait la première exécution aux Maldives depuis plus de 60 ans. Le gouvernement a commencé à prendre des mesures pour reprendre les exécutions en 2014, lorsqu’il a introduit une règlementation en vue d’adopter l’injection létale comme méthode d’exécution et de supprimer la possibilité pour le président d’accorder des grâces.

N’ayant pas réussi à se procurer les substances chimiques nécessaires à l’injection létale, le gouvernement a alors décidé de modifier sa méthode d’exécution et d’opter pour la pendaison, comme l’a annoncé l’ex-ministre de l’Intérieur Umar Naseer. La règlementation a été modifiée le 29 juin pour refléter cette décision.

Aux termes de ce texte, la famille de la victime du crime a le pouvoir d’accorder la grâce à l’accusé lorsqu’il encourt la peine de mort. Le père et le frère d’Afrasheem Ali ont demandé à la Cour suprême le 23 juin de reporter l’application de la sentence capitale prononcée contre Humaam, invoquant une « enquête incomplète » sur les circonstances de ce meurtre. Toutefois, la Cour a refusé d’admettre la lettre parce qu’elle avait été présentée en dehors des heures normales de travail et a confirmé la condamnation à mort de Humaam le 24 juin.

Aux termes des normes internationales relatives aux droits humains, les personnes inculpées de crimes passibles de la peine capitale ont droit au respect le plus strict de toutes les garanties d’équité et à certaines garanties supplémentaires. Cependant, les autorités n’ont pas pris en compte les préoccupations concernant l’équité de la procédure engagée contre Humaam, dont plusieurs ont été recensées dans un rapport de l’ONG Réseau pour la démocratie aux Maldives, notamment :

• Bien qu’Humaam soit revenu durant son procès sur ses « aveux » qui, soutient-il, ont été faits alors qu’il se trouvait en détention provisoire et craignait pour la sécurité de sa famille, le tribunal a retenu lesdits « aveux » dans sa déclaration de culpabilité. Cela est contraire à l’article 14 (3) (g) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel les Maldives sont partie, et qui dispose que toute personne a le droit de ne pas être forcée de témoigner contre elle-même ou de s’avouer coupable, ainsi qu’à l’article 52 de la Constitution des Maldives, qui ne déclare recevables à titre de preuve que les déclarations faites devant le tribunal.

• Humaam et sa famille affirment par ailleurs qu’il souffre d’une déficience mentale, et avaient requis un examen psychiatrique indépendant afin que sa santé mentale soit évaluée durant le procès. À la connaissance de sa famille et de l’équipe assurant sa défense, aucun examen de ce type n’a été effectué, et aucun élément à ce sujet n’a été présenté devant le tribunal. Le droit international interdit de condamner à mort des personnes atteintes de déficiences mentales. Sa famille a par ailleurs indiqué que son handicap mental a eu un impact direct sur sa capacité à aider ses avocats à assurer sa défense de manière efficace. À certains moments lors du procès, Humaam a déclaré au tribunal qu’il ne souhaitait pas être représenté par un avocat et a nié être revenu sur la déclaration où il s’accuse lui-même faite durant sa détention provisoire.

La condamnation à mort prononcée contre Humaam illustre bien les problèmes qu’Amnistie internationale et d’autres organisations ont constatés quant au recours à la peine capitale aux Maldives. Selon les statistiques fournies par l’administration pénitentiaire des Maldives, 17 prisonniers se trouvent actuellement sous le coup d’une condamnation à mort dans le pays. Parmi eux, au moins cinq ont été déclarés coupables et condamnés pour des actes commis alors qu’ils étaient âgés de moins de 18 ans. Le droit international coutumier et deux traités internationaux auxquels les Maldives sont partie interdisent d’appliquer la peine de mort aux mineurs délinquants.

En outre, Amnistie internationale est préoccupée par des informations parues dans les médias selon lesquelles lorsque l’accusé se rétracte, le tribunal retient malgré tout ses « aveux » à titre de preuve, et selon lesquelles la procédure s’est avérée inique dans d’autres affaires ayant débouché sur des condamnations à mort. Les autorités n’ont pas pris la peine d’enquêter dûment sur ces allégations. Lorsque la procédure ne respecte pas les normes les plus strictes en matière d’équité, le recours à la peine de mort constitue une privation arbitraire du droit à la vie.

Outre le cas d’Humaam, la Cour suprême a récemment clos les procès de deux affaires de meurtre et devrait rendre son jugement sous peu, ouvrant la voie à d’autres exécutions si les accusés sont déclarés coupables. Fait des plus inquiétants, le président Yameen a affirmé que la reprise des exécutions est nécessaire afin de maintenir la sécurité et l’ordre public. Or, aucune étude n’a réussi à démontrer de manière convaincante que la peine de mort a un effet plus dissuasif sur la criminalité que d’autres châtiments.

Amnistie internationale s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, sans exception, quelles que soient la nature ou les circonstances du crime commis. La reprise des exécutions aux Maldives serait une grave régression pour les droits humains. Le monde tourne le dos à la peine de mort : aujourd’hui, 140 pays sont abolitionnistes en droit ou en pratique et la majorité des pays du globe (103) ont désormais aboli ce châtiment pour tous les crimes.

Amnistie internationale prie instamment les autorités des Maldives de :

• renoncer immédiatement à toute reprise des exécutions et instaurer un moratoire officiel sur les exécutions dans le but d’abolir la peine capitale ;
• commuer immédiatement les condamnations à mort prononcées contre Hussain Humaam Ahmed et tous les autres prisonniers dans son cas, en particulier quand les faits qui leur sont reprochés ont été commis lorsqu’ils avaient moins de 18 ans ;
• au regard des préoccupations liées au fait qu’Hussain Humaam Ahmed soit revenu sur ses aveux et que son handicap mental ait pu nuire à sa capacité à se défendre, envisager sérieusement de le faire bénéficier d’un nouveau procès qui soit pleinement conforme au droit international relatif à l’équité et aux normes en la matière, sans recourir à la peine de mort ;
• modifier la législation nationale afin de supprimer les dispositions qui ne sont pas conformes au droit international et aux normes internationales, et abolir la peine de mort pour tous les crimes.

 
 
Le 24 juin, la Cour suprême des Maldives a confirmé la déclaration de culpabilité et la condamnation de Hussain Humaam Ahmed, 22 ans, pour le meurtre du député Afrasheem Ali en 2012, malgré de sérieux doutes concernant l’équité de son procès. Si elle venait à avoir lieu, cette exécution serait la première aux Maldives depuis plus 60 ans.

Hussain Humaam Ahmed (Humaam), 22 ans, a été condamné à mort en janvier 2014 pour le meurtre du député Afrasheem Ali, survenu en 2012. En septembre 2015, la Haute Cour a confirmé sa déclaration de culpabilité et sa condamnation à mort, et le 24 juin 2016, la Cour suprême des Maldives a fait de même. L’exécution d’Humaam pourrait survenir d’un moment à l’autre, car le gouvernement actuel du président Abdulla Yameen a promis de pendre les condamnés à mort dans les 30 jours suivant la confirmation de leur peine par la Cour suprême.

L’équité de la procédure contre Humaam a suscité de graves préoccupations, dont plusieurs ont été recensées dans un rapport exhaustif rendu public par l’organisation non gouvernementale Maldives Democracy Network. Afrasheem Ali a été retrouvé mort à son domicile dans la nuit du 1er octobre 2012. Quelques heures plus tard, Humaam a été arrêté et accusé d’avoir tué Afrasheem Ali avec un objet tranchant. Bien qu’Hunnam soit revenu durant son procès sur ses « aveux » qui, soutient-il, ont été faits alors qu’il se trouvait en détention provisoire après que les autorités ont menacé de s’en prendre à sa famille, le tribunal a utilisé lesdits « aveux » contre lui. Cela est contraire à l’article 14 (3) (g) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel les Maldives sont partie, et qui dispose que toute personne a le droit de ne pas être forcée de témoigner contre elle-même ou de s’avouer coupable, ainsi qu’à l’article 52 de la Constitution maldivienne, qui ne déclare recevables à titre de preuve que les déclarations faites devant le tribunal.

Humaam et sa famille affirment par ailleurs qu’il souffre d’une déficience mentale, et avaient requis un examen psychiatrique indépendant afin que sa santé mentale soit évaluée durant le procès. À la connaissance de sa famille et de l’équipe assurant sa défense, aucun examen de ce type n’a eu lieu, et aucun élément à ce sujet n’a été présenté devant le tribunal. Le droit international interdit de condamner à mort des personnes atteintes de déficiences mentales. Sa famille a par ailleurs indiqué que son handicap mental a eu un impact direct sur sa capacité à aider ses avocats, qui ont changé à plusieurs reprises durant le procès, et sur l’efficacité globale de sa défense.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en anglais, en divehi ou dans votre propre langue :
- exhortez les autorités à renoncer immédiatement à toute exécution éventuellement prévue, et à instaurer un moratoire officiel sur les exécutions dans le but d’abolir la peine capitale ;
- demandez aux autorités maldiviennes de commuer immédiatement les condamnations à mort prononcées contre Hussain Humaam Ahmed et tous les autres prisonniers dans son cas, en particulier quand les faits qui leur sont reprochés ont été commis lorsqu’ils avaient moins de 18 ans, ce qui est contraire au droit international ; 
- exprimez la préoccupation que vous inspire le fait qu’Hussain Humaam Ahmed soit revenu sur ses aveux et dise souffrir d’un handicap mental, et exhortez les autorités à envisager de le faire bénéficier d’un nouveau procès qui soit pleinement conforme au droit et normes internationaux, sans recourir à la peine de mort.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 10 AOÛT 2016 À : 

Président
Abdulla Yameen Gayoom
The President’s Office 
Boduthakurufaanu Magu
Male’ 20113, Maldives
Télécopieur : (960) 332 5500
Twitter : @PresYameen
Formule d’appel : President, / Monsieur le Président,

Ministre des Affaires étrangères
H.E. Ms Dunya Moumon 
Ministry of Foreign Affairs
Boduthakurufaanu Magu
Male’ 20077, Maldives
Courriel : admin@foreign.gov.mv
Formule d’appel : Her Excellency, / Madame la Ministre,

Copies à : 

Haut Commissaire 
Ahmed Shiaan
High Commission of the Republic of Maldives
22 Nottingham Place
London W1U 5NJ
Royaume-Uni
Télécopieur : +44 (0)207 224 2157
Courriel : a.shiaan@maldiveshighcommission.org
Formule d’appel : His Excellency, / Monsieur,

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de Bahreïn dans votre pays.

Vérifiez auprès de votre section s’il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci. 


COMPLÉMENT D'INFORMATION

Si Humaam est pendu, il s’agira de la première exécution aux Maldives depuis plus de 60 ans. Le gouvernement actuel a commencé à prendre des mesures pour le rétablissement des exécutions en 2014, quand il a introduit une nouvelle réglementation en vue d’adopter l’injection létale comme méthode d’exécution et de supprimer la possibilité pour le président d’accorder des grâces. La condamnation à mort prononcée contre Humaam illustre bien les problèmes qu’Amnistie internationale et d’autres organisations ont constatés quant au recours à la peine capitale aux Maldives. Selon les statistiques fournies par l’administration pénitentiaire des Maldives, 17 prisonniers se trouvent actuellement sous le coup d’une condamnation à mort dans le pays. Sur ceux-ci, au moins cinq ont été condamnés pour des actes commis alors qu’ils étaient âgés de moins de 18 ans. Le droit international coutumier et deux traités internationaux auxquels les Maldives sont partie interdisent l’application de la peine de mort aux mineurs délinquants.

Outre le cas de Humaam, la Cour suprême a récemment clos les audiences de deux autres affaires de meurtre et devrait rendre son jugement, ouvrant la porte à d’autres exécutions si les accusés sont déclarés coupables. Il est alarmant que le président Yameen ait affirmé que la reprise des exécutions est nécessaire afin de maintenir la sécurité et l’ordre public. Aucune étude scientifique n’a réussi à démontrer de manière convaincante que la peine de mort a un effet plus préventif que d’autres châtiments sur la criminalité. Une étude très complète réalisée par les Nations Unies sur la relation entre la peine de mort et les taux d’homicide (E/AC.57/1988/CRP.7) a conclu que « les recherches n’ont pas permis de prouver scientifiquement que les exécutions avaient un effet plus dissuasif que la réclusion à perpétuité. Il est peu probable que cette preuve puisse être obtenue un jour. Dans l’ensemble aucun élément ne vient accréditer la thèse de l’effet dissuasif. » 

Amnistie internationale s’oppose en toutes circonstances et sans aucune exception à la peine de mort, quelles que soient la nature et les circonstances du crime commis, la culpabilité ou l’innocence ou toute autre situation du condamné, ou la méthode utilisée pour procéder à l’exécution. La peine capitale constitue le châtiment le plus cruel et le plus inhumain, et bafoue le droit à la vie.

La dernière exécution aux Maldives a eu lieu il y a plus de 60 ans. La reprise de la peine capitale aux Maldives serait une grave régression pour le bilan du pays en matière de droits humains. La plupart des pays du globe (103) ont désormais aboli ce châtiment pour tous les crimes, et 140 pays sont abolitionnistes en droit ou en pratique. Fidji et Nauru sont les derniers pays en date à avoir aboli ce châtiment dans la région Asie-Pacifique, en 2015 et 2016 respectivement. Le Parlement de la Mongolie a adopté un nouveau Code pénal abolissant la peine de mort pour tous les crimes et entrant en vigueur en septembre 2016.