Picture
En République démocratique du Congo Fred Bauma et Yves Makwambala ont été qualifiés de  « terroristes » et accusés  de vouloir renverser le gouvernement par la force.  Leur « crime » ?  Avoir organisé un événement pour encourager les jeunes à demander des comptes au régime. S’ils sont déclarés coupables, ils pourraient encourir la peine de mort.


Lisez des extraits d’une lettre à Fred écrit par de son amie proche Micheline Mwendike.

Mon cher ami,

Cette aventure difficile vient de durer une année mais l’usure du temps n’a pas affecté ni mes convictions, ni mon engagement que je partage avec toi et avec tous les autres militants. Ta force de résistance, tu la transmets à moi et à des milliers des jeunes du monde. Ces peines de te savoir en prison pour avoir essayé d’être un bon citoyen, me forment à devenir forte pour affronter ces injustices que toi tu es obligé de devenir le symbole. Ton courage est exceptionnel car tu marches aujourd’hui sur le sentier de la mort, et tu ne lâches pas.

La petite phrase que tu m’as envoyée de ta cellule de Makala m’est enfin parvenue « Si vous ne pouvez plus marcher, ramper. Mais à tout prix continuer d’avancer!! » 

Tu sais, je n’imaginais pas que les actes loyales conduiraient en prison alors que des chefs des groupes armés qui ont tué et qui tuent nos pères, nos mères, nos frères, nos frères sont toujours récompensés par des postes politiques et des grades militaires. C’est incroyable qu’un état, notre état, soit devenu si oppresseur envers nous, sa propre jeunesse.

Apres une année, on ne rêve que de ta libération. C’est trop petit comme rêve, mais je suis condamnée à cela. Nos rêves étaient splendides ! L’écologie, la santé, l’entrepreneuriat, le changement du système, je n’y pense plus comme avant. Avec toi en prison, on ne rêve que de ta libération.  


Mon cher ami,

Ton sacrifice bien qu’il te l’impose a beaucoup de significations.

Ton emprisonnement a donné un sens profond à notre histoire. Il dévoile l’animosité de la classe dirigeante actuelle… Ceux qui animent les institutions n’avaient pas compris que la génération du président-à-vie a vieilli et que la démocratie est la règle. La constitution est le guide.

Ton emprisonnement a déchainé les langues : les questions liées au changement de la constitution sont devenues l’actualité constante et toi l’eternel bouc émissaire qui est tiré par des pour et des contre la démocratie.

Ton emprisonnement a ouvert une série des arrestations des jeunes de notre mouvement. J’ai pris conscience que nous sommes dans les viseurs de ceux qui te gardent en prison, ils veulent nous détruire. Ils veulent décourager les jeunes à prendre en main l’avenir du pays. Ils prennent jour pour jours des mauvaises décisions contre nous et malheureusement contre eux-mêmes.

ils mêlent toutes les institutions du pays pour leurs intérêts, ils mobilisent le peuple, ils attirent envers nous tous les media et d’autres organisations. Pour nous, les conséquences sont lourdes, un bon nombre d’entre nous   t’ont rejoint en prison sans n’avoir rien organisé, rien dit, rien fait de mal.

Et mon ami Yves, comment il va? Je ne le connaissais pas avant qu’il soit arrêté, aujourd’hui je le porte dans mon cœur. Tu sais qu’avec eux, vous êtes mes héros.

Ton emprisonnement m’a aussi appris qu’on n’est pas seule. Que des jeunes du Congo et du monde entier sont avec nous. Sur Facebook, Twitter on y voit naitre les mots-clic #FreeFred #FreeYves et  #FreeLucha.

Je sais que nous allons nous en sortir bien que la lutte nous impose trop des sacrifices pour construire notre pays.

Mon cher ami, tu dois savoir que devant mes yeux, tu es un homme libre même en prison. Et promets-moi que même là tu lutteras au moins pour ta survie. La lutte semble dure et longue. Prends toujours soin de toi. Lutte au moins pour ne pas mourir. N’acceptes pas de mourir ni physiquement, ni intellectuellement, ni moralement.

En ce jour de  ton anniversaire de naissance, je t’offre mon soutien et je te confirme que tu peux encore compter sur moi. Je prie pour toi et pour notre lutte.

Un câlin patriotique

A bientôt !

Micheline Mwendike

 
 
Picture
Il est de plus en plus à craindre que 41 personnes détenues depuis début juin ne soient jugées prochainement par un tribunal militaire, et notamment qu’elles encourent la peine de mort, car elles ont été transférées récemment dans une prison militaire, a déclaré Amnistie internationale.

Ce transfert a eu lieu le 5 août. Les personnes concernées avaient été arrêtées lors d’une opération de répression menée il y a deux mois par les forces de sécurité, après que des hommes armés avaient attaqué l’aéroport de Goma, en République démocratique du Congo (RDC), et plusieurs quartiers de la ville le 2 juin. Elles se trouvaient depuis plus de 60 jours au centre de détention de l’Agence nationale des renseignements (ANR) à Goma et n’avaient pas été déférées à un juge civil. Elles étaient détenues au secret et contraintes à dormir à même le sol en béton.

« Arrêtés dans le cadre de l’opération de répression qui a suivi l’attaque de l’aéroport de Goma et inculpés de plusieurs infractions, notamment d’insurrection, ces détenus risquent maintenant d’être condamnés à mort par un tribunal militaire, a déclaré Sarah Jackson, directrice régionale adjointe d’Amnistie internationale pour l’Afrique de l’Est, les Grands Lacs et la Corne de l’Afrique.

« Il est capital qu’ils soient jugés équitablement par un tribunal civil et que leur procès soit conforme aux normes internationales en matière de droits humains, y compris le droit d’interjeter appel et de bénéficier d’autres types de recours. »

Les 41 suspects, qui sont tous civils à l’exception de quatre policiers et deux militaires, ont été transférés de l’ANR au parquet militaire du Nord-Kivu, qui est lié à un tribunal militaire.

« Ce transfert ne fait qu’accroîtrela probabilité déjà élevée que les suspects soient jugés par un tribunal militaire qui les priverait de recours juridiques, y compris du droit d’interjeter appel, a déclaré Sarah Jackson.

« La compétence des tribunaux militaires en matière pénale doit se limiter aux procès concernant des militaires qui ont enfreint le règlement, sans aller jusqu’aux infractions de droit commun, aux infractions au regard du droit international ni aux violations des droits humains. En outre, le droit international interdit que des civils ne soient jugés par des juridictions militaires, et ce quelles que soient les circonstances. »

Complément d’information

Le 2 juin, l’aéroport de Goma et plusieurs quartiers de la ville ont été attaqués par un mouvement armé se faisant appeler Union des patriotes congolais pour la paix (UPCP), sous la houlette de Célestin Kambale Malonga. Au moins quatre personnes, dont deux membres de la garde présidentielle chargés de la sécurité aéroportuaire, ont été tuées. Les auteurs présumés de l’attaque, y compris Célestin Kambale Malonga, ont été arrêtés à partir du 3 juin. Les forces de sécurité congolaises, notamment la garde présidentielle, la police militaire et l’ANR, ont interpellé au moins 75 personnes. Celles-ci ont été incarcérées au centre de détention de l’ANR, à Goma. Plusieurs personnes ont été relâchées par la suite mais 41 suspects sont toujours détenus.

Ils ont passé plus de 60 jours en garde à vue aux mains de l’ANR en violation de l’article 18 de la Constitution congolaise, qui dispose que la « garde à vue ne peut excéder quarante-huit heures ». En outre, ils n’ont pas pu entrer en contact avec leur famille ni consulter d’avocat.

L’article 87 du Code judicaire militaire dispose que « les arrêts rendus par les cours militaires opérationnelles ne sont susceptibles d’aucun recours ». Il va à l’encontre de l’article 21 de la Constitution congolaise et de l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel la RDC est partie depuis 1976. En effet, le droit d’interjeter appel est inscrit dans ces deux textes.

Bien que la RDC n’ait procédé à aucune exécution depuis 2003, les personnes détenues dans le cadre de l’affaire de Goma risquent véritablement d’être condamnées à mort.

Au moment de leur arrestation, en juin, Amnistie internationale a exhorté les autorités congolaises à leur permettre de consulter un avocat et de recevoir des visites de leur famille, ainsi qu’à suivre une procédure en bonne et due forme comme l’exige le droit international.

 
 
Picture
Les autorités congolaises et la Cour pénale internationale (CPI) doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour garantir que trois hommes devant être renvoyés en République démocratique du Congo (RDC) dimanche 6 juillet ne risquent pas la peine de mort, la torture ou d’autres graves violations des droits humains, a déclaré Amnistie internationale.

Amnistie internationale estime que pour ces trois hommes ayant témoigné devant la CPI, le risque de persécution et de représailles en RDC est bien réel, compte tenu des propos qu’ils ont tenus devant la cour, accusant notamment le président Kabila d’être impliqué dans des faits graves.

« Amnistie internationale a protesté contre le renvoi de ces témoins, qui étaient incarcérés dans leur pays, et demande à la CPI et aux autorités de la République démocratique du Congo de veiller à ce que toutes les mesures de protection qui s’imposent soient en place lorsqu’ils arriveront à Kinshasa  », a déclaré Evie Francq, spécialiste de la RDC à Amnistie internationale.

« La CPI a le devoir de se soucier du bien-être de ces hommes lorsqu’ils rentreront chez eux, et de faire en sorte que les autorités locales tiennent leur promesse de les protéger contre les atteintes aux droits humains. La justice congolaise doit coopérer  », a déclaré Evie Francq.

Ces trois citoyens congolais - Floribert Ndjabu NgabuSharif Manda Ndadza Dz’Na et Pierre-Célestin Mbodina Iribi - ont été convoqués à La Haye en 2011 en tant que témoins dans le cadre des poursuites ouvertes par la CPI contre Germain Katanga, ancien chef de milice congolais. Avant leur transfert à La Haye, ils étaient incarcérés en RDC en relation avec des crimes de droit international présumés, et devraient être reconduits derrière les barreaux dès leur arrivée à Kinshasa. Ils ont entretemps été maintenus en détention sous la responsabilité de la CPI et des Pays-Bas.

Ils devraient arriver à Kinshasa dimanche 6 juillet, après que les autorités néerlandaises ont rejeté leur demande d’asile.