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La remise en liberté d’un homme qui a attendu 19 années dans le quartier des condamnés à mort au Nigeria et a bien failli être exécuté l’année dernière illustre la brutalité et l’iniquité inhérentes à la peine capitale, a déclaré Amnistie internationale lundi 27 octobre.

ThankGod Ebhos a été libéré sur ordre du gouverneur de l’État de Kaduna. Cet homme avait été jugé et condamné à mort par un tribunal militaire de Kaduna en mai 1995, après avoir été accusé d’un vol à main armée commis en 1988.

De graves préoccupations avaient alors été soulevées par Amnistie internationale quant à l’équité des procès qui se déroulaient devant des juridictions militaires au Nigeria. 

« La libération de ThankGod Ebhos donne aux centaines de condamnés à mort qui croupissent dans les prisons nigérianes de bonnes raisons d’espérer », a déclaré Netsanet Belay, directeur de la recherche et du plaidoyer pour l’Afrique au sein d’Amnistie internationale. 

« Le Nigeria doit poursuivre sur la lancée de la décision positive prise ce jour, renoncer immédiatement à toute nouvelle exécution et progresser vers l’abolition totale et définitive de la peine capitale. Tuer des détenus ne permet pas de lutter efficacement contre la criminalité. »

Le 24 juin 2013, ThankGod a échappé de peu à l’exécution : des gardiens de la prison de la ville de Benin l’ont conduit à la potence et l’ont contraint à regarder la pendaison de quatre hommes tout en lui indiquant qu’il serait le prochain à subir ce sort. 

Il n’a échappé à l’exécution que parce que les autorités pénitentiaires se sont rendu compte qu’il devait être passé par les armes, méthode d’exécution non pratiquée par l’établissement. 

Les quatre autres hommes ont été mis à mort alors qu’un recours était en instance dans leurs affaires. 

« Le calvaire subi par ThankGod pendant de très longues années montre que la peine de mort n’a plus lieu d’être au 21e siècle », a déclaré Netsanet Belay.

En juin 2014, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ordonné au gouvernement de ne pas exécuter cet homme, maintenant ainsi la décision qu’elle avait rendue précédemment.

« La remise en liberté de Thankgod, qui intervient après la décision de la Cour de justice de la CEDEAO, témoigne de l’impact que peut avoir une telle décision sur la situation désespérée d’un condamné à mort qui croupit en prison depuis plus de 19 années et de la nécessité de porter des affaires aussi importantes devant des juridictions régionales », a déclaré l’avocat Jean-Sébastien Mariez, qui travaille pour Avocats sans frontières France. 

En 2013, pour la première fois depuis plus de sept ans, quatre hommes ont été pendus au Nigeria. 

Amnistie internationale s’oppose en toutes circonstances et sans aucune exception à la peine de mort, quelles que soient la nature et les circonstances du crime commis, la culpabilité ou l’innocence ou toute autre situation du condamné, ou la méthode utilisée pour procéder à l’exécution. La peine capitale bafoue le droit à la vie et constitue le châtiment le plus cruel, le plus inhumain et le plus dégradant qui soit.

Amnistie internationale demande au Nigeria d’instaurer immédiatement un moratoire officiel sur les exécutions, en vue d’abolir la peine capitale.

 


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