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Les familles de trois jeunes hommes arrêtés pour avoir participé à des manifestations antigouvernementales alors qu'ils avaient moins de 18 ans craignent que leurs fils ne fassent partie des quatre prisonniers devant être exécutés samedi 12 mars, a déclaré Amnistie internationale le 11 mars.

La famille d'Ali al Nimr a fait part de ses craintes sur les réseaux sociaux, et redoute qu'Ali, ainsi que Dawood Hussein al Marhoon et Abdullah Hasan al Zaher, figurent parmi les prisonniers cités dans un article publié le 11 mars dans un journal gouvernemental. D'après cet article, les exécutions prévues s'inscriront dans la vague de châtiments répondant à des infractions liées au terrorisme, qui s'est traduite par l'exécution de 47 personnes le même jour au mois de janvier.

« Si l'Arabie saoudite procède à ces exécutions, elle fera la preuve de son mépris pour le droit international, qui interdit d'exécuter des personnes pour des crimes commis alors qu'elles étaient âgées de moins de 18 ans. Condamner ces jeunes hommes à mort malgré les graves irrégularités de leurs procès et les allégations crédibles selon lesquelles leurs "aveux" leur ont été arrachés sous la torture, témoigne du peu de valeur qu’elle accorde à la vie humaine, a déclaré James Lynch, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnistie internationale.

« Les autorités saoudiennes doivent stopper ces exécutions et instaurer un moratoire sur toutes les exécutions. Elles doivent ordonner la tenue d'enquêtes impartiales sur les allégations de torture imputables à des agents des services de sécurité et réformer en profondeur le système judiciaire en vue de mettre un terme à ces violations flagrantes. »

Arrêté en février 2012 lorsqu'il avait 17 ans, Ali al Nimr a été condamné à mort en mai 2014 par le Tribunal pénal spécial de Djedda, instance très déficiente qui l'a déclaré coupable de 12 infractions, notamment de participation à des manifestations contre le gouvernement, d'attaque à l'encontre des forces de sécurité, de possession d'une mitrailleuse et de vol à main armée. Sa mère a déclaré à Amnistie internationale qu'elle a remarqué « des blessures et des hématomes » sur son corps lorsqu'elle lui a rendu visite en prison et qu'il était visiblement frêle et faible.

Dawood Hussein al Marhoon et Abdullah Hasan al Zaher ont été arrêtés le 22 mai et le 3 mars 2012, alors qu'ils avaient respectivement 17 et 16 ans. Ils ont été condamnés à mort par le Tribunal pénal spécial de Riyadh en octobre 2014 pour des accusations similaires.

Tous trois ont déclaré que leurs « aveux » ont été obtenus sous la torture et les mauvais traitements en détention, mais le tribunal a refusé d'ordonner une enquête sur ces allégations.

En janvier 2016, les autorités saoudiennes ont mis à mort au cours de la même journée l'oncle d'Ali al Nimr, le dignitaire chiite Nimr Baqir al Nimr, et 46 personnes, condamnés à l’issue d'un procès politique et inique. Tout comme Nimr al Nimr, les trois jeunes militants sont membres de la minorité musulmane chiite, soumise à des mesures systématiques de harcèlement et de discrimination en Arabie saoudite. Les exécutions collectives ont suivi des informations parues dans les médias nationaux proches du pouvoir selon lesquelles au moins 50 personnes allaient bientôt être mises à mort le même jour.

« Le recours à la peine de mort pour faire taire la dissidence envoie un message inquiétant à toute personne qui ose critiquer les autorités », a déclaré James Lynch.


Si Amnistie internationale s'oppose à la peine de mort en toutes circonstances, sans exception, elle trouve particulièrement choquante l'application arbitraire de ce châtiment par l'Arabie saoudite en raison de l'absence de garanties fondamentales lors des procès.

La Convention relative aux droits de l'enfant, que l’Arabie saoudite est tenue de respecter, indique clairement que la peine de mort ne peut être prononcée pour des infractions commises par des personnes mineures.

Entre août 2014 et juin 2015, au moins 175 personnes ont été exécutées – soit en moyenne une personne tous les deux jours – en général par décapitation et à l'issue de procédures judiciaires biaisées. Depuis quelques années, près de la moitié des exécutions concernent des crimes n’ayant pas entraîné la mort d’autrui.

 


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